Andrea Branzi, le règne des vivants

Andrea Branzi, le règne des vivants
Une histoire du design : la nature comme modèle
Pour comprendre le lien d’Andrea Branzi à la nature, et son importance dans son travail, il faudrait remonter le temps, afin de retracer l’histoire du design. Dans la langue française, l’utilisation du mot « design » reste très récente. Mot anglais issu d’un mélange entre le latin designare (marquer d’un signe, dessiner), l’italien disegno et le français dessein (but, invention, projet), il est très peu utilisé avant le milieu du XXe siècle. On lui préfère « arts décoratifs », « arts appliqués » ou encore « arts industriels », résultant davantage du travail de l’artisan plutôt que de l’artiste. Ce qui allait devenir le design était alors considéré comme une catégorie d’art dite « mineure », en comparaison avec la peinture ou la sculpture.
Mais à la fin du XIXe siècle, l’Art Nouveau, le mouvement Arts & Craft, ou encore le modernismo catalán, courants artistiques novateurs, militent en faveur d’un art total, sans hiérarchie. Leur esthétique, reconnaissable entre toutes, marque l’histoire de l’art : ils puisent leur inspiration dans les formes stylisées de la nature, les lignes arabesques des végétaux les plus élégants, les couleurs des fleurs, les ailes de papillon ou encore les plumes de paon. Au-delà d’une simple imitation de la nature, ils en exploitent également les ressources : corail, bois exotiques, grès flammé, écailles de tortue…
Cependant, la première guerre mondiale sonne le coup d’arrêt de cette période créative. Après les guerres, l’heure est à la reconstruction. Grâce aux progrès de l’industrie, l’architecture et l’ameublement deviennent un produit d’usine, fabriqué en série, rapidement et à moindre coût. Dans ce contexte-là, la tendance n’est plus à l’ornement, mais aux lignes simples et aux formes épurées, ambassadrices d’une nouvelle modernité.
Andrea Branzi et la réinvention du design
Ce style, baptisé « international », reste omniprésent dans le milieu du design jusqu’aux années 1960. À cette époque, en Italie, un groupe de jeunes artistes se rassemble à Florence, porté par l’ambition de révolutionner le design de leur pays. Inspirés par les couleurs vives et les formes ludiques du Pop art, ils prônent un retour à la créativité, à l’expérimentation et la liberté. Chez Andrea Branzi, qui fait partie de ce groupe, ce désir d’émancipation passe par un retour à la nature, qui semble essentiel dans une société tournée vers l’industrie et la consommation, qui mènerait vers la déshumanisation.
Au-delà d’une exploration ludique et formelle, l’œuvre de Branzi appelle à une réflexion quasi philosophique sur notre environnement. Pour lui, l’Homme n’est qu’une petite partie d’un grand tout avec lequel il doit vivre en communion, dans une « coexistence cosmique ». Cette idée se matérialise dans ses maquettes d’architecture utopique, telles que Casa Madre – Modello integrale di co-housing (2008). Dans un même espace, se mélangent travail et loisir, humains et animaux, nature et artefact, morts et vivants, quotidien et sacré… En cohabitant ainsi, en pleine conscience du monde qui l’entoure, l’Homme retrouve sa véritable condition de « vivant ». Il explore de manière très poétique ses liens avec les espaces et les objets, en les considérant comme porteurs de symboles.

- Andrea Branzi (1938-2023)
- Casa Madre – Modello integrale di co-housing (détail), 2008.
- Bois, métal, miroirs, cire, matériaux divers
Centre Pompidou, Paris
Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, don de l’artiste en 2018, AM 2018-1-58 - © ADAGP, Paris, 2025 / Photo : Aurélien Papa
Dans ses Arazzi metallici, ces derniers sont tous exposés de la même façon, qu’ils soient fonctionnels ou plus symboliques. La juxtaposition des objets compose une galerie d’histoires personnelles, liées au passé mais aussi construisant le présent, dans une interaction perpétuelle.

- Andrea Branzi (1938-2023)
- Arazzi 2 (Tapisseries 2), 2017.
- Grillage, corde, verre, poterie, pierres, 276 x 274 cm
Paris, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Centre Pompidou, don de la Friedman Benda Gallery en 2018, AM 2018-1-59 - © ADAGP, Paris, 2025 / Photo : Aurélien Papa
Entre nature et industrie : l’héritage d’un pionnier
Andrea Branzi exploite à travers ses œuvres les possibilités formelles et matérielles qu’offre la nature. En 1985, il expose conjointement avec le groupe Alchimia une série majeure, apparaissant comme un tournant dans sa carrière, les Animali Domestici. Elle présente des objets hybrides, sous la forme de tabourets-troncs ou de chaises-branches, et inaugure cette fusion de deux mondes opposés – nature et industrie, centrale dans son travail.

- Andrea Branzi (1938-2023)
- Animali Domestici, 1985.
- Éditeur : Alchimia (Italie)
Lampadaire en bouleau et aluminium, 188 x 28 cm
Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, don de la Société des Amis du Musée national d’art moderne en 1999, AM 1998-1-8 - © ADAGP, Paris, 2025 / Photo : Aurélien Papa
Cependant, à l’image d’Hector Guimard ou d’Antonio Gaudí, il crée dans un contexte qui ne nie pas totalement la mécanisation, mais qui en tire profit : ses tiges de bambou, ses rondins de bouleau, ou encore ses feuilles d’érable se mélangent avec l’argent, l’aluminium ou encore le plastique.
Ses recherches sur l’intégration de la nature dans la conception d’objets apparaissent alors comme pionnières dans le domaine du design. Aujourd’hui encore, il est une référence pour les nouvelles générations de designers. Dans un contexte de développement durable, certains se tournent vers l’écodesign ou le biodesign, en intégrant à leur tour des matériaux naturels (comme les algues, les champignons ou les bactéries) et en créant de manière plus respectueuse de l’environnement.
L’exposition « Andrea Branzi, le règne des vivants » s’inscrit dans le programme Constellation qui permet aux collections du musée national d’Art moderne de se déployer dans toute la France pendant la fermeture pour rénovation du Centre Pompidou.
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