Jean Gaumy : « Une certaine nature, d’après Giverny »

Jean Gaumy : « Une certaine nature, d’après Giverny »
Une certaine nature, d’après Giverny
Jean Gaumy est un photographe de renom. Membre de l’agence Magnum, proche de Raymond Depardon et remarqué par Marc Riboud, il expose ses œuvres à travers le monde depuis plus de quarante ans. Plusieurs fois récompensé pour la qualité de son travail (prix Nadar, prix du festival de Belfort…), il atteint la consécration lorsqu’il est nommé à l’Académie des Beaux-arts en 2016. La même année, Jean Gaumy accède à la maison et les jardins de Claude Monet à Giverny, propriété de l’Académie, qu’il se met à explorer.
Il raconte :
Sept années durant, j’ai tenté de photographier une autre nature. J’ai d’abord envisagé de saisir le travail des jardiniers, puis finalement, à l’usage, je me suis tourné vers les seuls jardins et étangs. Au fil des séjours, quelques-uns de mes émerveillements d’enfance se sont réveillés en moi. Giverny devenait un déclencheur, un point de départ. D’instinct, j’ai vite compris l’intérêt de ce vivant fouillis végétal et aquatique. Il me faudrait du temps, créer une intimité avec le lieu. J’avais besoin de me l’approprier.
Jean Gaumy, Une certaine nature, d’après Giverny, Paris, Atelier EXB, 2025
Jean Gaumy face à Claude Monet
Les photographies de Jean Gaumy montrent le jardin comme un espace secret, intime, loin du bouillonnement de la haute saison touristique. Les images se concentrent souvent sur la surface du bassin, comme l’avait fait Monet pour son emblématique série des Nymphéas. Mais Gaumy s’intéresse surtout aux reflets, à l’accumulation des motifs végétaux, parfois jusqu’à la saturation.
Ce foisonnement de la nature crée une perte de repères, et donne la sensation d’une surimpression, fruit d’une manipulation de l’image, tant utilisée par les surréalistes dans leurs clichés noir et blanc. Chez Monet, Jean Gaumy opte pour le noir et blanc. Quelle audace pour une série en hommage au maître de la couleur ! Le photographe déclare : « choisir le noir et blanc, c’était bien la moindre des politesses face aux couleurs du Maître, mais c’était surtout le meilleur compromis pour qu’il n’y ait pas de fâcheries entre nous »¹. Choisir le noir et blanc, c’est aussi jouer, comme les impressionnistes, avec les effets de la lumière, et décomposer ses reflets sur l’eau.
Jean Gaumy rend aussi hommage au premier cinéma, en ayant recours à des contrastes nets entre ombre et clarté, à l’image des films des années 1920. Enfin, l’absence de couleurs, qui brouille les pistes, qui transforme le jardin en un « fouillis végétal et aquatique », emmène le regardeur vers une réalité autre, entre figuration et abstraction. À ce titre, les photographies de Jean Gaumy dialoguent parfaitement avec les œuvres de Claude Monet, qui, à la fin de sa vie, bascule vers un art presque abstrait, devenant ainsi un pionnier et un modèle pour les générations d’artistes à venir.

- Vue de l’exposition « Les Collections au jardin » (11 juillet – 2 novembre 2025) / Photo : Octave Bénard
Un « carnet de notes numérique »
Jean Gaumy se fait surtout connaître pour son approche documentaire, au travers de différents reportages photographiques : il donne à voir des conditions de travail extrêmes, des microcosmes en huis clos ou des zones de guerre.
Mais à Giverny, il crée des images beaucoup plus contemplatives et poétiques. Ces différents sujets et styles suggèrent une tendance à la diversité, que l’on observe globalement dans sa pratique. En plus de sa carrière de photographe, il est aussi cinéaste, et réalise des films comme La Boucane (1984), nommé au César du meilleur documentaire en 1986. D’un point de vue technique, il utilise à ses débuts le Leica M4, un appareil photographie au format 24×36 créé en 1966. Pour Une certaine nature, d’après Giverny, il travaille avec… un téléphone, son iPhone, d’une technologie beaucoup plus récente, instantanée, et ludique :
En matière de photographie, j’utilisais déjà l’iPhone en complément de boîtiers classiques. L’écart entre ce que voyaient mes yeux et la restitution par ce « carnet de notes » numérique me surprenait. Il ne fallait pas se laisser séduire par les résultats immédiats et l’apparente facilité de l’outil. Je devais me discipliner et maîtriser ses très nombreuses propositions. En choisir une, une seule, la contraindre, et paradoxalement, lui laisser la liberté de me surprendre […].
En dépit de mon expérience et de mes habitudes, avec son écran, son ergonomie, son champ optique, ce dispositif me propulsait souplement dans un univers très proche des microcosmes que je percevais enfant dans les rivières. Elle me plaçait alors dans un rapport très déstabilisant, décapant même, entre ma vision habituelle et le sujet.
Jean Gaumy, Une certaine nature, d’après Giverny, Paris, Atelier EXB, 2025
Photographe majeur, artiste aux multiples talents, Jean Gaumy est ainsi une figure fascinante, entre réalisme journalistique et rêverie méditative. Pour toutes ces raisons, en plus de présenter une partie de la série Une certaine nature, d’après Giverny dans l’exposition Les Collections au jardin, le musée des impressionnismes Giverny a fait cette année l’acquisition de trois tirages de l’ensemble, grâce au soutien de McArthurGlen Paris-Giverny. Ces œuvres viennent ainsi enrichir le fonds photographique du musée, permettant de renouveler le regard sur l’impressionnisme et de créer des liens entre passé et présent, peinture et photographie.

- Jean Gaumy (né en 1948)
- Photographies de la série Une certaine nature, d’après Giverny, 2017-2024.
- Tirages pigmentaires piezographiques charbon
Acquis grâce au soutien de McArthurGlen Paris-Giverny - © Jean Gaumy / Magnum Photos
1 : Jean Gaumy, extrait d’un entretien mené par Nadine Eghels dans « Des ombres sous l’eau » paru dans La Lettre de l’Académie des Beaux-arts n°101, été-automne 2024.
Visuel de couverture : Vue de l’exposition Les Collections au jardin (11 juillet – 2 novembre 2025) / Photo : Aurélien Papa
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