Présentation

Revendiquée par les impressionnistes au nom de la sincérité, la pratique de la peinture en plein air est l’aboutissement d’un long processus au cours duquel le paysage s’affirme comme un genre à part entière.

Aux origines de la peinture de plein air

En France, les peintres s’attachent dès le XVIIIe siècle à observer le paysage en saisissant avec objectivité les effets de la lumière. François Desportes, peintre animalier à la cour de Louis XIV, nous a laissé près de soixante-dix vues d’Île-de-France peintes à l’huile sur le motif. Dès 1708, le traité Du paysage de Roger de Piles conseille aux peintres de travailler en plein air. Étudier la nature reste longtemps pour tous ces artistes un préalable à l’élaboration du paysage composé et les esquisses peintes sur papier sont destinées à être accrochées aux murs des ateliers où elles servent de documentation au peintre qui s’en inspire pour composer un paysage historique.

Travailler hors des murs de l’atelier pose de sérieux problèmes d’organisation, qui ne seront toujours pas entièrement résolus à l’époque impressionniste. L’artiste doit transporter sur le site élu un attirail encombrant, ombrelle, pliant, feuilles de papier et boîte à couleurs. Il doit aussi être rapide, car le spectacle de la nature est éphémère : le passage d’un nuage suffit à transformer le motif où la lumière évolue et où les ombres changent au fil des heures.

L’école anglaise de peinture s’affirme dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans un pays à la pointe de l’essor économique et industriel. En l’isolant partiellement du continent, les guerres contre la France révolutionnaire et le blocus continental, de 1806 à 1814, favorisent l’affirmation d’une peinture à caractère national. Dès la fin du XVIIIe siècle, l’art du paysage anglais se développe bien au-delà du statut subalterne auquel il avait été relégué par la hiérarchie traditionnelle des genres imposée par la Royal Academy. Peindre sur le motif devient un principe essentiel pour toute une génération de peintres qui arpentent la campagne anglaise. Joseph Mallord William Turner et John Constable, en particulier, capturent ainsi la variété des nuances du ciel britannique, soumis à des évolutions constantes.

À Rome, dès les années 1780, la pratique de la peinture en plein air connaît un essor inouï. Les artistes venus de France, d’Angleterre, d’Allemagne, des Pays-Bas ou du Danemark y complètent une éducation académique dominée par le modèle antique. Décidés à étudier les monuments de la péninsule, ils découvrent aussi la ville, ses jardins et la campagne environnante. Saisis par une lumière qu’ils ignoraient jusqu’alors, les peintres prennent dès le début du XIXe siècle l’habitude d’en traduire les nuances sur le motif.

De Rome à Barbizon

En 1825, le jeune Corot part pour l’Italie où il séjourne près de trois ans. Peu après son arrivée, il se fixe pour objectif de peindre chaque jour sur le Palatin, travaillant une étude le matin, une autre à midi, une troisième le soir, anticipant ainsi les « séries » peintes par Claude Monet. Contrairement à la plupart de ses aînés, Corot ne renonce pas à peindre en plein air quand il rentre en France en 1828. Il s’y déplace beaucoup et trouve ses motifs d’inspiration à Paris, en Île-de-France, en Bourgogne, en Normandie, en forêt de Fontainebleau, etc…

À partir de 1835, Théodore Rousseau devient le chef de file des peintres de Barbizon, où il choisit de peindre la nature sans faire référence à l’histoire. Pour lui comme pour Corot, les œuvres peintes sur le motif restent une étape préparatoire à la représentation de paysages composés à l’atelier. Charles-François Daubigny fait le voyage d’Italie en 1836 mais c’est un premier séjour à Barbizon en 1843 qui bouleverse son art. Il privilégie dès lors l’observation de la nature et choisit de représenter ses aspects les plus fluides, comme les lacs et les rivières. Pour s’en approcher au plus près, il conçoit un atelier flottant, le Botin.

L’évolution du matériel proposé aux peintres, et notamment la vente des couleurs en tubes simplifie désormais le travail en plein air. Le jour, les artistes peignent sur le motif des études qui sont achevées le soir à l’atelier et souvent marouflées sur toile par la suite. Progressivement, ce travail cesse d’être une simple étape du processus créateur et nombreux exposent au Salon des études présentées comme œuvres autonomes.

Naissance de l’impressionnisme

Natif de Honfleur, Eugène Boudin ne reçoit pas de formation classique. Il apprend en observant les œuvres des peintres anciens et contemporains et surtout en travaillant sur le motif.  Pour lui, la nature était « le grand maître ». Pour saisir le ciel changeant de l’estuaire de la Seine, Boudin développe une technique rapide et privilégie les petits formats. Cette manière de peindre et sa volonté de préserver son impression première, la plus importante pour un peintre selon lui, le conduisent à brouiller la frontière entre esquisse et peinture achevée. Il est ainsi l’un des premiers à élever l’étude au rang d’œuvre se suffisant à elle-même. La critique lui reproche souvent le manque de finition de ses tableaux, mais son exemple marque profondément le travail des impressionnistes.

Édouard Manet peint des études d’après nature dès 1853 en Normandie mais, comme Edgar Degas, il s’intéresse peu au paysage, à l’exception des marines, une catégorie qu’il souhaite renouveler. Peint en 1873, au cours des premières années de l’impressionnisme, Sur la plage (Paris, musée d’Orsay) contient du sable mêlé à la peinture, ce qui prouve que l’artiste a travaillé in situ. 

Berthe Morisot est l’élève de Corot et il l’emmène peindre sur le motif. Son frère Tiburce nous la décrit alors, « sac au dos, pique à la main, chargée de tout l’attirail du paysagiste, elle disparaissait des journées entières, allant sur la falaise d’un motif à l’autre selon l’heure et l’inclinaison du soleil. » De son côté, Paul Cézanne s’exerce au paysage dans la campagne d’Aix-en-Provence dès l’été 1862. À partir de 1872, Pissarro travaille sur le motif avec Cézanne près de Pontoise. Les paysages de neige des environs de Louveciennes peints directement sur la toile, au cours de l’hiver 1870 en compagnie de Monet, comptent parmi les premiers chefs d’œuvre de l’école impressionniste.

De tous, Claude Monet est celui qui s’efforcera avec le plus d’obstination à travailler sur le motif et sa correspondance témoigne amplement des difficultés rencontrées. Au cours des années 1860, il travaille avec Frédéric Bazille à Honfleur et tous deux retrouvent Alfred Sisley en forêt de Fontainebleau. Lorsqu’il peint Camille sur la plage de Trouville en 1870, il entreprend d’emblée son tableau sur le motif et ne tente pas de dissimuler les grains de sable incrustés dans la couleur. L’air circule librement autour des figures et l’artiste a su traduire la fraîcheur du jour ainsi que la luminosité de l’atmosphère marine. L’impressionnisme est né.

L’exposition “Plein air. De Corot à Monet”

Du 27 mars au 28 juin 2020, le musée des impressionnismes Giverny devait présenter l’exposition “Plein air. De Corot à Monet” et proposer à ses visiteurs une véritable remontée aux sources de l’impressionnisme. Ainsi, l’exposition aurait conté l’histoire de la peinture en plein air, du XVIIIe siècle jusqu’en 1873, année qui précède celle de la création du terme “impressionnisme”. Des artistes voyageurs aux premiers impressionnistes, en passant par l’École de Barbizon, une centaine d’œuvres de Joseph Mallord William Turner, Camille Corot, Eugène Boudin, ou encore Claude Monet, devaient être exposées. Conformément aux directives gouvernementales face à l’épidémie de coronavirus COVID-19 en France, l’exposition “Plein air. De Corot à Monet” a dû être annulée. Nous vous proposons de la découvrir virtuellement.

L’exposition « Plein air. De Corot à Monet » a été organisée par le musée des impressionnismes Giverny, avec la participation exceptionnelle du musée du Louvre, Paris et du musée d’Orsay, Paris, et la collaboration de l’Istituto Matteucci, Viareggio.

  • Logo de l'Istituto Matteucci

Cette exposition s’inscrit dans le cadre de Normandie Impressionniste 2020.

  • Logo de Normandie Impressionniste

En images

Zoom sur les oeuvres

Camille Corot, Trouville, bateaux de pêche échoués dans le canal

  • Camille Corot
  • Trouville, bateaux de pêche échoués dans le canal, entre 1848 et 1875.
  • Huile sur papier marouflé sur toile, 21 x 23,5 cm. Paris, musée d’Orsay, donation de Max et Rosy Kaganovitch, 1973

Eugène Boudin, Frais et tout calbotté

  • Eugène Boudin
  • Frais et tout calbotté, vers 1848-1853.
  • Huile sur papier, 10 x 16 cm. Le Havre, musée d’Art moderne André Malraux, collection Olivier Senn, donation Hélène Senn-Foulds, 2004

Claude Monet, La Plage de Trouville

  • Claude Monet
  • La Plage de Trouville, 1870.
  • Huile sur toile, 38 x 46,5 cm. Londres, The National Gallery, Courtauld Fund, 1924

Claude Monet, Les Promeneurs. Étude pour Le Déjeuner sur l’herbe

  • Claude Monet
  • Les Promeneurs. Étude pour Le Déjeuner sur l’herbe, 1865.
  • Huile sur toile, 93 x 68,9 cm. Washington, National Gallery of Art, Ailsa Mellon Bruce Collection

Visite virtuelle

50 œuvres, en très haute définition, à découvrir sur Google Arts & Culture

Grâce à de nombreuses institutions culturelles et collectionneurs privés, l’exposition “Plein air. De Corot à Monet” prend vie au travers de 50 œuvres, à découvrir en ligne sur Google Arts & Culture.

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Audioguide

Découvrez l’audioguide illustré de l’exposition : 21 oeuvres commentées

Catalogue

Le catalogue de l’exposition

Ce catalogue retrace l’histoire de la peinture de plein air en France, en Angleterre et en Italie, au travers de 110 oeuvres.

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Les mécènes de l’exposition

Le musée remercie vivement les mécènes de cette exposition.

  • Logo Caisse d’Epargne Normandie, mécène du musée des impressionnismes Giverny
  • Logo Quadra Consultants, mécène du musée des impressionnismes Giverny
  • Logo Orange, partenaire du musée des impressionnismes Giverny