Peinture de la vie moderne et de l’instantanéité, dont les sujets et les techniques scandalisèrent d’abord ses contemporains, l’impressionnisme regroupa des artistes dont les personnalités variées et l’indépendance firent la force du mouvement et en compliquent la définition.

Autour d’Édouard Manet

Dans les années 1860, au café Guerbois, un groupe d’artistes se regroupe autour de la figure d’Édouard Manet, dont Le Déjeuner sur l’herbe, refusé par le jury du Salon de 1863, a provoqué un retentissant scandale. On y compte Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley, Frédéric Bazille, Edgar Degas, parfois rejoints par Paul Cézanne et Camille Pissarro. Ils se rebellent contre les normes académiques, refusent l’enseignement traditionnel de l’École des beaux-arts, apprennent en copiant les chefs-d’œuvre au Louvre et débattent de leurs idées dans les cafés du quartier des Batignolles.

Sur la voie du paysage réaliste ouverte par Gustave Courbet et les peintres de Barbizon, ils cherchent la vérité de la lumière et non l’anecdote ou le sentiment. Ils peignent en plein air en forêt de Fontainebleau mais aussi le long de la Seine, aux environs de Paris. Tous les thèmes de l’impressionnisme à venir sont déjà au cœur de leurs œuvres : le paysage, les loisirs modernes (canotage, courses de chevaux, spectacles), le monde industriel. Pendant l’été 1869, Claude Monet et Pierre-Auguste Renoir travaillent côte à côte aux bains de La Grenouillère. Ils restituent la lumière dansant sur la Seine par un papillotement de touches claires qui va devenir l’un des traits caractéristiques de la peinture impressionniste.

La présence d’une femme, Berthe Morisot, amie et belle-soeur de Manet, dont le talent est très tôt reconnu, n’est pas la moindre des originalités de ce groupe. Eva Gonzalès et Mary Cassatt se joignent également à l’aventure impressionniste, manifestant par-là l’ouverture du groupe et sa modernité. A titre de comparaison, les femmes ne furent admises à l’École des Beaux-arts qu’à partir de 1897.

Les expositions impressionnistes

Au milieu du XIXe siècle, le Salon annuel, organisé sous l’autorité de l’Académie des beaux-arts, est le principal lieu où un artiste peut se faire connaître. Mais c’est une institution peu ouverte au changement, et beaucoup des futurs impressionnistes sont refusés par son jury. L’idée de se regrouper et d’organiser une exposition en marge des cercles officiels naît dès avant 1870. La guerre entre la France et la Prusse retarde la réalisation du projet. 

Au printemps 1874, trente artistes exposent 165 œuvres dans les anciens ateliers du photographe Nadar, boulevard des Capucines. Manet ne participe pas : il souhaite continuer à tenter sa chance au Salon. Bazille, tué au combat pendant la guerre est un autre grand absent. L’exposition attire un nombre limité de visiteurs : 3500 en quatre semaines et seulement dix tableaux sont vendus. Dans la presse, les détracteurs sont nombreux. Dans un article satyrique, le journaliste Louis Leroy baptise le groupe « les impressionnistes », en s’inspirant du titre d’un tableau de Claude Monet, Impression, soleil levant.

Au total, huit expositions impressionnistes sont organisées : 1874, 1876, 1877, 1879, 1880, 1881, 1882, 1886. Ce sont les années mythiques de l’impressionnisme, celles du scandale, mais aussi de la reconnaissance par quelques personnalités éclairées : les critiques Emile Zola et Théodore Duret, le marchand d’art Paul Durand-Ruel.

Des tensions parcourent le groupe dès les débuts. Degas est partisan d’une ouverture large à de nombreux artistes, tandis que Monet et Caillebotte préfèrent restreindre la participation pour renforcer la cohérence du groupe. Pissarro, désigné comme le « premier des impressionnistes » par Cézanne, est le seul à avoir participé aux huit expositions du groupe. Il y introduit quelques trublions : Gauguin (dès 1880), Seurat et Signac (lors de la dernière exposition de 1886).

La définition de l’impressionnisme

L’impressionnisme est souvent défini par des caractéristiques correspondant à l’œuvre de Monet et de Renoir : des scènes peintes en plein air, un traitement de la lumière par touches fragmentées, une palette de couleurs claires et mélangées directement sur la toile. Pissarro, Sisley, Cézanne et Berthe Morisot travaillent dans un style similaire, et tous participent à plusieurs expositions du groupe impressionniste. Gustave Caillebotte est un peu à part. Infatigable promoteur des expositions impressionnistes, sa modernité apparaît davantage dans le choix des sujets et dans des cadrages audacieux, que dans la touche. Edgar Degas, lui, refuse le travail en plein air. Il se concentre en premier lieu sur les figures et peint de nombreux portraits. Il est également sculpteur, ce qui n’est pas la moindre de ses originalités.
La définition de l’impressionnisme est rendue d’autant plus difficile qu’à côté de la diversité des styles personnels observée dès le début, chaque artiste explore une voie personnelle à partir des années 1880. Monet se lance dans les séries. Pissarro expérimente avec le néo-impressionnisme. Renoir fait évoluer son art en le nourrissant de références à l’art classique, notamment à travers des figures de nus féminin. Et s’il est né en France, l’impressionnisme a aussi connu des manifestations dans d’autres pays, comme la Belgique ou les États-Unis, rendant encore plus complexe toute tentative de définition.

Visuel :
Eugène Boudin, Deauville, le bassin, 1884.
Huile sur panneau, 46,5 x 38 cm. Giverny, musée des impressionnismes, acquis grâce à la générosité du Cercle des mécènes du musée des impressionnismes Giverny, de la Caisse d’Épargne Normandie, et de Quadra Consultants, 2020
© Giverny, musée des impressionnismes / photo : Jean-Charles Louiset