Pendant la dernière décennie du XIXe siècle, les Nabis inventent un nouveau langage plastique, aux formes simplifiées et ornementales.

L’exemple de Gauguin et du Japon

Pendant l’été 1888, Paul Sérusier rencontre Paul Gauguin à Pont-Aven et peint sur ses conseils un petit paysage qu’il intitulera Le Talisman. « Comment voyez-vous ces arbres […] ? » lui demande Gauguin. « Ils sont jaunes. Eh bien, mettez du jaune; cette ombre plutôt bleue, peignez-la avec de l’outremer pur […] ». 

De retour à Paris, Sérusier montre le tableau à ses condisciples de l’académie Julian : Pierre Bonnard, Paul Ranson, Maurice Denis, Henri-Gabriel Ibels. Ils sont frappés par l’approche synthétique de Gauguin : les aplats de couleur, les formes cloisonnées, l’absence de détail. D’autres les rejoindront bientôt : Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Félix Vallotton, Georges Lacombe… Ils se choisissent un nom tiré de l’hébreu : « nabi », qui signifie prophète.

Fascinés par les estampes japonaises qu’ils découvrent à l’occasion d’une exposition organisée en 1890 à l’École des beaux-arts de Paris, les Nabis s’inspirent de ces images pour mettre au point leur nouvelle grammaire stylistique, aux lignes souples et aux formes simplifiées. 

Régénérer la peinture par le décor

On distingue, au sein des Nabis, deux orientations distinctes. L’une, tournée vers le sacré, est emmenée par Maurice Denis et sa volonté de renouveler l’art religieux. Elle doit beaucoup à la simplification des formes de Gauguin. L’autre, profane, choisit des sujets issus de la vie moderne (portraits d’élégantes, scènes d’intérieur, femmes au bain, etc.). Bonnard et Vuillard en sont les meilleurs représentants. Ils jouent très fréquemment de la juxtaposition de motifs décoratifs (papiers peints, tissus imprimés) et de cadrages atypiques. 

Les Nabis ne s’intéressent pas seulement à la peinture de chevalet. Leur désir de diffuser les arts dans tous les aspects de la vie quotidienne les conduit à s’intéresser au décor des intérieurs privés et publics, à l’estampe, aux éventails, aux paravents, aux vitraux, aux tapisseries… 

L’expérience nabie est une réaction aussi bien à l’académisme qu’à l’impressionnisme. Elle ne dure qu’une dizaine d’année, mais grâce à leur esprit d’ouverture et à leur richesse d’inspiration, ces artistes inventent un langage plastique qui marquera durablement les esprits et contribuera à l’émergence des avant-gardes du début du XXe siècle.

Visuel :
Pierre Bonnard, La Seine à Vernon, 1915
Huile sur toile, 80 x 68 cm. Giverny, musée des impressionnismes
© Giverny, musée des impressionnismes / Jean-Michel Drouet (2019)