Le japonisme joua un rôle déterminant dans l’évolution de l’art occidental à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

L’ouverture du Japon

En 1853, une escadre américaine fait irruption dans la baie de Tokyo et contraint le Japon à ouvrir ses ports, fermés aux étrangers depuis plus de deux siècles. Les nouveaux échanges commerciaux et diplomatiques permettent à l’art japonais de pénétrer en Occident, où il était pratiquement inconnu. En France, il suscite d’abord l’enthousiasme de petits groupes de collectionneurs et d’artistes, avant que les expositions universelles ne donnent à un public beaucoup plus large l’occasion de sa découverte. 

Dès 1862, une boutique spécialisée, La Porte chinoise, ouvre à Paris, rue de Rivoli. Les artistes y trouvent des articles décoratifs qu’ils incluent dans leurs œuvres pour y apporter une touche d’exotisme. Dans les ateliers, les modèles posent en kimono, un éventail à la main, entourées de porcelaines et de paravents japonais. L’Exposition universelle de 1878 consacre l’engouement populaire pour les objets venus du Japon. En 1890, une grande exposition d’estampes japonaises, présentée à l’Ecole des Beaux-arts, fait sensation.

Japonisme et impressionnisme

L’impressionnisme est alors en plein épanouissement et les estampes japonaises inspirent aux artistes, tous collectionneurs de ces images, des compositions asymétriques, des perspectives obliques, un aplanissement de l’espace et, d’une manière générale, renouvelle leur vision : la composition, l’harmonie des couleurs ont désormais la primauté sur la recherche de réalisme. 

Chez James Abbott McNeill Whistler et Édouard Manet, on perçoit très tôt l’influence des points de vue et des harmonies japonaises. Claude Monet constitue une riche collection d’estampes au fil des années et cet intérêt de longue durée se retrouve dans sa peinture. Il emprunte à Hokusai, notamment, des compositions et des thèmes inattendus. Les scènes de toilette des estampes d’Utamaro retiennent l’attention de Mary Cassatt et d’Edgar Degas et les conduisent à renouveler leur approche de ce sujet, par l’absence d’idéalisation et les subtiles harmonies colorées.

Van Gogh compte parmi les collectionneurs d’art japonais les plus précoces. Il copie des estampes de Hiroshige et s’en inspire dans ses compositions ultérieures. À Arles, il imagine avoir trouvé le Japon, comme Paul Gauguin à Pont-Aven. 

Dans les années 1890, l’impact de l’art japonais atteint des sommets chez les Nabis : chez Pierre Bonnard, le Nabi japonard, mais aussi Édouard Vuillard, Maurice Denis, Félix Vallotton. Chez les néo-impressionnistes, on remarque le refus de la perspective, du modelé et du volume dans les œuvres de Georges Seurat, Paul Signac, Henri-Edmond Cross et Théo Van Rysselberghe.

En 2018, le musée des impressionnismes Giverny a présenté l’exposition « Japonismes / Impressionnismes ».

Visuel :
Maurice Denis, Reflet de soleil sur la rivière, vers 1932.
Huile sur carton, 60 x 35 cm. Giverny, musée des impressionnismes
© Giverny, musée des impressionnismes / Photo : Jean-Charles Louiset